COMMENTAIRE - Cohérence et clarté

En politique, il est parfaitement normal qu’il existe une gauche, et qu’il existe une droite. Normal que les uns défendent la fonction publique, d’autres les paysans, les indépendants, les locataires, les propriétaires, les assurés, tout ce qu’on voudra. Mais la moindre des choses est d’annoncer la couleur. On se fait élire sur des idées, un programme, une conception de la vie publique: lorsqu’on siège, ensuite, on doit tout de même se montrer digne de ses promesses. Cela s’appelle la cohérence.

Un exemple: Pierre Mendès France (1907-1982). Cet homme que j’admire au plus haut point, à vrai dire le seul véritable homme d’Etat de la Quatrième République, sept mois seulement au pouvoir (juin 1954-février 1955) a laissé la réputation d’un politique qui tenait ses promesses. Le 18 juin 1954, jour de son investiture par la Chambre, il se donne un mois pour régler la question indochinoise. Un mois plus tard, à Genève, il trouve une solution. Une légende est née. La rigueur de cet homme est pour nous un exemple.

A Genève, trop de partis, sous prétexte de mort des idéologies et de modernisme, veulent ranger au grenier la gauche et la droite, et ne survivre que par le flair de l’opportunisme. Sur les questions touchant à la fonction publique, par exemple, il faut être clair: on est avec elle, ou contre elle. Mais on ne souffle pas le chaud et le froid, en cours de législature, pour brouiller les pistes. A ce jeu-là, tout le monde perd. La noblesse de la politique, c’est la clarté. C’est valable pour les patriciens. Mais aussi pour les Gueux.